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Introduction :

Du 19 ème siècle au milieu du 20 ème siècle, la majorité de la communauté scientifique adhérait à un scientisme ignorant la philosophie comme la religion ou adoptait un matérialisme athée, freudien ou marxiste.

Or dès le 19ème siècle, le second principe de la thermodynamique de Carnot aurait dû amener cette communauté à remettre en question leur athéisme. Ce sera fait au 20ème siècle grâce à deux autres conceptions tout aussi révolutionnaires, la théorie du Big bang ou modèle standard et le principe anthropique, c’est-à-dire humain. Ces trois conceptions nous montrent qu’il n’y a pas d’opposition entre la raison et la foi en un Dieu créateur, mais que c’est au contraire l’athéisme qui se trouve en très grande difficulté. Nous terminerons en examinant les objections à cette réflexion philosophique et nous les discuterons.

 

I/ La révolution instaurée par le second principe de Carnot ou la mort thermique de l’univers :

1 – Etat rapide des Lieux :

Platon comme Aristote et Zénon, le fondateur du stoïcisme, admettaient l’intervention du divin dans l’organisation du chaos primordial. Au contraire Epicure et son disciple Lucrèce, après Démocrite, font du hasard l’organisation du monde. Toutefois, il faut attendre la crise de la conscience Européenne au 17ème siècle, due aux guerres dites de religion, pour qu’apparaisse un athéisme à prétention philosophique et scientifique : un univers uniquement matériel, stable et infini, n’ayant aucune limite dans l’espace et le temps. Par contre la grande tradition rationaliste, qui allait de Descartes à Hegel, admettait, elle, un Dieu créateur.

Pourtant au début du 19ème, Laplace répondra à Napoléon, qui lui demandait, ce qu’il faisait de Dieu : « Sire, je n’ai pas besoin de cette hypothèse ! ».

2 – Problèmes d’épistémologie :

Si les preuves en logique et en mathématiques sont des preuves certaines et indubitables, il n’en est pas de même pour les sciences expérimentales.

Par exemple pour la proposition universelle, tous les cygnes sont blancs une série d’exemples positifs n’est pas une preuve du caractère universel et définitif de l’énoncé. Cependant un contre-exemple, à condition qu’il soit bien établi est une preuve indubitable : Les marins arrivant en Australie et apercevant un cygne noir (mais pas un cygne blanc peint en noir ; il y a eu des faux célèbres comme l’homme de Piltdown) surent que tous les cygnes n’étaient pas blancs de façon certaine. Donc je peux prouver qu’une théorie scientifique, dans les sciences de la nature, est fausse, par contre je ne peux pas prouver qu’elle est vraie définitivement.

Toutefois, il est légitime pour le philosophe de s’appuyer sur les théories vérifiées par l’expérience scientifique. Cela ne l’est plus pour les théories non vérifiées par l’expérience ou pire, invalidées par celle-ci. Certes les théories peuvent changer, mais non revenir en arrière ; par exemple si Einstein dépasse Newton, il ne peut être question de revenir à la terre centre de l’univers.

Il en va autrement des principes de notre raison. Par exemple le principe de causalité est adopté universellement : il n’y a pas d’effet sans cause, la cause précède l’effet, la cause peut être supérieure ou égale à l’effet mais non inférieure. Enfin on ne peut séparer complètement science, philosophie et religion, car elles se fécondent mutuellement.

 3 – Le second principe de la thermodynamique de Carnot :

C’est l’allemand Clausius qui avait formulé le premier principe, en 1824, l’équivalence entre le travail et la chaleur. Le second principe, dû à Carnot, affirme qu’il ne peut y avoir de transformation de chaleur en travail, sans chute de température. Logique, puisqu’une partie de l’énergie thermique s’est transformée en énergie mécanique, comme pour la machine à vapeur. C’est pourquoi il faut sans cesse bruler du bois ou du charbon si l’on veut que la machine continue de se déplacer.

Carnot mourant jeune, c’est Clausius qui précise ce second principe : l’ordre diminue, le désordre s’accroit : Les cendres ne peuvent plus brûler et avec des millions de litres d’eau à dix degrés donc avec des millions de calories à dix degrés je ne peux élever un seul litre  d’eau de dix à onze degrés pour cela il faut toujours une source plus chaude. Clausius appelle ce second principe l’entropie (du grec qui signifie transformation).

En 1854 Helmotz et lord Kelvin en déduisent la mort thermique de l’univers. Les étoiles s’éteindront quand elles auront brûlé tout leur hydrogène. L’univers se refroidira de plus en plus et tendra vers le zéro absolu. Tout sera condamné à un repos éternel.

En 1878 Boltzmann modélise l’entropie mais surtout prouve que cette entropie ne peut que croitre, jamais l’inverse. Le désordre sera toujours plus grand.

En 1928 Eddington résume le concept d’entropie par une flèche du temps du passé vers l’avenir jamais le contraire : c’est irréversible (pas de voyage dans le passé). Berthelot et Einstein refusent d’abord cette irréversibilité. Mais en savants intelligents et honnêtes finissent par l’admettre. Einstein en fera même un peu plus tard la première loi de la physique.

D’autres savants, matérialistes et athées , perçoivent très vite les dangers de cette conception pour l’athéisme : l’univers n’est plus stable mais soumis à l’entropie, au désordre. Ce sont Mach (physicien athée défenseur de la commune de Paris), Haeckel (le défenseur de Darwin) et Engels (l’ami de Marx). Ils perdront énormément de temps à essayer en vain, de discréditer ce second principe.

D’autres, au contraire, furent favorables à cette irréversibilité : Arago, le géomètre Riemann, Edgar Poe ainsi qu’Olbers qui en plus fit remarquer que si l’univers était infini dans l’espace comme le pensent les matérialistes athées cela impliquerait une infinité de soleils et donc, sur terre, une nuit illuminée par ceux-ci et non pas noire.

3 – Trois conséquences :

  • Si l’univers a une fin, c’est qu’il a eu un commencement. Pourquoi ?

Si l’entropie s’accroit, c’est-à-dire si le désordre augmente au cours du temps, cela signifie que l’univers se refroidit c’est-à-dire tend vers le zéro absolu. Or, si l’univers existait depuis un temps infini, aujourd’hui l’univers devrait déjà être dans un état d’entropie maximal donc extrêmement froid. Or l’univers est encore chaud et actif, les étoiles brillent. Donc l’univers n’existe pas depuis un temps infini. Donc il a eu un commencement. Donc il doit avoir une cause extérieure non matérielle, non temporelle et non spatiale (espace, temps et matière faisant partie de l’univers). Donc spirituelle, éternelle, toute puissante, puisqu’ayant créé l’univers, cause appelée Dieu.

L’athéisme pose alors la question : quelle est la cause de Dieu ?

a- Descartes dans ses réponses aux premières objections à ses méditations métaphysiques nous dit que Dieu est cause de soi au vu de sa toute-puissance. Donc existe par lui-même, par soi. Ainsi cause et effet sont identiques. Au contraire l’univers vu sa mort thermique ne peut s’auto-engendrer.

b – De même qu’en géométrie il faut des axiomes non démontrés pour prouver les théorèmes, de même il faut une première cause in-causée pour rendre compte de toutes les autres.

  • Dès 1978 Blotzmann comprend que l’entropie est au contraire minimale au début, c’est-à-dire qu’il y a un ordre très élevé au début de l’univers : tout devait être minutieusement calculé, avoir une cause suprêmement intelligente. Mais épuisé par ses recherches et la haine de Mach, cherchant à le ridiculiser, il se suicide, première victime d’une longue liste.
  • L’histoire linéaire l’emporte sur l’univers stable et infini dans l’espace et le temps des matérialistes athées ainsi que sur l’histoire cyclique des religions hindouiste et bouddhiste, ainsi que sur l’éternel retour des stoïciens et de Nietzsche.

L’univers a eu un début que la théorie du Big bang situe à treize milliards huit cents millions d’années et aura une fin, le « Dark area » dans dix puissance cent années.

II/ La théorie du big bang ou cinq duels pour un romain noir :

1 – Premier duel entre Einstein et la communauté scientifique :

En 1915 la relativité générale promeut la cosmologie comme une science à part entière et supplante la gravitation universelle de Newton, seulement en la précisant et en la réorientant. Elle affirme qu’espace-temps et matière sont liées, que matière et énergie s’équivalent (E=MC2) et déforment l’espace-temps.

Les planètes ne sont plus attirées par le soleil (les cartésiens et Newton lui-même n’admettaient pas l’action à distance) mais vont droit devant elles suivant le principe d’inertie (un corps livré à lui-même garde sa direction et sa vitesse) Par contre elles se déplacent dans un espace courbé localement par la masse gravitationnelle du soleil (l’espace courbe de Riemann). Choquée, la communauté scientifique finit tout de même par admettre la théorie à la vue des deux preuves suivantes. La première est la déviation des photons (sans aucune masse) par la masse du soleil déformant l’espace-temps ; la seconde est la distorsion du temps entre des horloges atomiques, donc très précises, les unes restées à terre les autres dans un avion volant très haut, conformément aux prévisions de la théorie.

2 – Deuxième duel entre Friedman et Einstein soutenu par la communauté scientifique :

Dès 1922 le jeune astronome soviétique, ayant éliminé la constante cosmologique arbitraire d’Einstein, publie une nouvelle théorie qui va choquer davantage encore. Il propose une théorie de l’univers en expansion (nouveau coup dur pour les matérialistes athée après le second principe de Carnot). Il envoie celle-ci à Einstein. Celui-ci répond par un laconique « erreur de calcul ». Friedman répond en demandant : « Où est l’erreur ? » pas de réponse. Mais grâce à un ami commun Einstein finit par répondre en faisant amende honorable et déclare que c’est la plus grosse erreur de sa vie : aucune erreur dans les calculs de Friedman qui au contraire ouvre de nouvelles perspectives fécondes. Mais Friedman est la seconde victime. D’après son ami Gamow réfugié aux USA : c’est le KGB qui aurait assassiné Friedman, les communistes athées ne pouvant admettre que l’univers n’est pas stable.

3 – Troisième duel entre l’abbé Lemaître et Einstein suivi par la communauté scientifique :

En 1927 ce jeune jésuite belge, élève d’Eddington, poursuit les travaux de Friedman et arrive à calculer une loi de proportionnalité entre la vitesse de fuite des galaxies et leurs distances. Einstein à la lecture de cette théorie se dit émerveillé mais déclare : « Vos calculs sont justes, mais votre intuition physique est abominable. » il aurait même dit en privé « Physique de curé ». Pourquoi ?

Parce qu’il est prisonnier de sa philosophie spinoziste ; celle-ci n’est pas un panthéisme vulgaire identifiant Dieu à la nature mais un panenthéisme, intégrant au contraire la nature en Dieu ; seul Dieu existe véritablement et produit nécessairement cette nature. Eddington, son ancien maître le critique également : « l’expansion de l’univers est si absurde, incroyable, que je suis indigné que mon ancien élève puisse y croire. ».

Mais en 1929 deux ans plus tard, l’astronome américain Hubbel découvre que la lumière des galaxies lointaines est toujours décalée vers le rouge (effet doppler) donc plus de doute, les galaxies reculent, s’éloignent les unes des autres. Einstein ira lui-même observer avec Hubbel au mont Wilson le phénomène. A part quelques poches de résistances la communauté scientifique est bien obligée de se rallier à la thèse du jeune abbé, qui devient un génie scientifique. Et l’astronome Wheeler de s’écrier : « N’y a-t-il jamais eu une prédiction plus grande que celle-ci : prédire correctement et contre toute attente un phénomène aussi fantastique que l’expansion de l’univers. ».

4 – Quatrième duel entre les mêmes :

L’abbé propose une nouvelle théorie, celle de l’atome primitif, à propos de l’origine de l’univers. Ce dernier aurait eu un commencement (treize milliards huit cents millions d’années) à partir d’un atome primitif extrêmement chaud à des milliards de degrés et de la taille d’une tête d’épingle, créant en même temps l’espace-temps où toute la matière, l’énergie seraient concentrées ; et quasi immédiatement il serait rentré en expansion ; la lumière, elle, ne serait apparue que trois cent quatre-vingt mille années plus tard. De génie scientifique, l’abbé passe au rang de fou scientifique, la communauté scientifique se rebellant de nouveau ainsi qu’Einstein parce qu’il trouve la théorie trop créationniste, toujours prisonnier de son spinozisme. Pire, certains physiciens accusent l’abbé Lemaître de concordisme, après que Pie XII ait affirmé que la théorie de l’abbé justifie le récit biblique. Remarquons le douteux procès d’intention. Copernic, Gassendi, Mendel, tous pourtant gens d’église, avait vu leurs activités scientifiques reconnues. Fred Hoyle, un athée militant va qualifier la théorie de l’abbé d’un méprisant Big Bang et réussir par là même à la déconsidérer pour un temps.

5 – Cinquième duel entre Gamow et les mêmes :

En 1948 Gamow publie avec son disciple Alpher un article négligé par les autres scientifiques hostiles à Lemaître. Il explique que les atomes d’hydrogène d’hélium et de  deutérium n’avaient pu apparaitre qu’au tout début quand l’univers était très chaud. Un peu plus tard il présentera toutes ses conclusions dans un ouvrage « la création de l’univers ». Alpher prédit, lui, que la première lumière émise trois cent quatre-vingt mille ans après le Big Bang pourra être détectée aujourd’hui en tout point de l’univers, à une température de cinq Kelvin. Mais le discrédit est tel que nos deux savants doivent quitter la physique : le Big Bang aux oubliettes. Le professeur de physique au collège de France traitera jusqu’en 1963 le Big Bang de « foutaises » et de théorie métaphysique.

Mais en 1964 une découverte fortuite (comme celle de la radioactivité ou la découverte des antibiotiques) va tout changer. Deux ingénieurs Wilson et Penzias qui mettaient au point la plus grande antenne directionnelle de l’époque, intrigués par un parasite qu’ils n’arrivaient pas à éliminer et qui venait de tous les points de l’univers, se rappellent la prévision d’Alpher. Ils venaient de découvrir à 2.7 Kelvin le rayonnement fossile cosmologique (première lumière émise trois cent quatre-vingt mille ans après le Big Bang). Ils eurent le prix Nobel en 1978 pour cette découverte. De même un peu plus tard on réussit à analyser la composition des anciens gaz de l’univers au début du Big Bang et, conformément aux prévisions de Gamow, on trouva 75% d’Hydrogène, 25% d’Hélium et des traces de deutérium et lithium.

6 – Trois remarques :

1/ Smoot eut en 2006 le Nobel en publiant la première image montrant la libération de la première lumière de l’univers. Il avait lancé à ses collègues, à propos de cette image : « Voici le visage de Dieu. ». La théorie du Big Bang était donc vérifiée par l’expérience scientifique, c’est-à-dire quantitative, mathématique.

2/ Ironie du sort : Fred Hoyle, farouche détracteur du Big Bang et athée depuis ses 16 ans, finit au vu de ces preuves par adhérer totalement à la théorie et, après des années d’athéisme, c’est en déiste convaincu qu’il finit ses jours.

3/ Lemaître et Gamow surent avant leur mort qu’ils avaient eu raison. Jusqu’à aujourd’hui seul le modèle classique du Big Bang, appelé aussi modèle standard, a été vérifié par l’expérience scientifique. C’est une confirmation des analyses philosophiques du second principe de Carnot.

Puisque l’univers à un commencement il y a treize milliards huit cent millions d’années et qu’il aura une fin dans dix puissance cent années ( le Dark Area où il n’y aura plus que des photons à une température proche du zéro absolu) il lui faut une cause extérieure spirituelle, éternelle, toute puissante, c’est-à-dire Dieu.

III – Le principe anthropique (ou humain):

1 – Découverte du principe

C’est P. Dirac, prix Nobel 1931 et athée à cette époque, qui dans une conférence à Princetown en 1937 devant 2 des plus grands scientifiques de l’époque (Einstein et Gödel) parle d’étranges coïncidences entre les grands nombres ou paramètres sur lesquels reposent notre univers ; par exemple le rapport entre le rayon du cosmos et celui de l’électron ou encore celui de la force gravitationnelle et celui de la force électromagnétique. Alors Dicke, jeune physicien américain assistant à la conférence, a l’intuition que ces réglages ont aussi permis l’apparition de la vie et de l’homme. Ce que lui confirme Einstein lors d’une discussion entre eux : « Dieu ne joue pas aux dés » ; donc refus du hasard de Démocrite ainsi que du matérialisme athée de Darwin. Dicke, avec son équipe, prévoira mieux qu’Alpher, mais avant la découverte du rayonnement de fond cosmologique par Wilson, que celui-ci sera à 2.5 Kelvin au lieu de 5 Kelvin (en fait 2.7). Plus tard Dicke reprend l’expression de F Hoyle, encore athée à cette époque mais qui commence à douter : « l’univers est un coup monté ». Mais il faut le prouver, ce que le malheureux Boltzmann n’avait pas réussi à faire à partir du second principe de Carnot. Dicke et son équipe vont prouver qu’une infime variation sur un seul des 15 paramètres sur lesquels repose notre univers aurait abouti à un espace-temps totalement différent de celui que nous connaissons et où la vie ne serait pas apparue, et donc ni l’homme, ni la science.

2 – Deux exemples d’un réglage fin parmi les 15 paramètres

Premier exemple

Après le Big-Bang la vitesse d’expansion devait être ajustée jusqu’à la 15èmedécimale ; Sinon, ou l’univers s’éparpillait et les soleils ne seraient jamais apparus, ou il s’effondrait sur lui-même et pas de soleil non plus. Donc dans les 2 cas pas de vie, pas d’homme, pas de science

Deuxième exemple

La constante cosmologique est réglée avec une précision encore plus incroyable : Non pas celle qu’Einstein avait conçue pour contrer l’expansion de l’univers, la plus grosse erreur de sa vie, mais une constante d’une grandeur minuscule mais pourtant nécessaire. Lorsqu’on la calcule, il faut aller cette fois jusqu’à la 122 ème décimale (0 suivi de 122 zéros pour qu’au 123 ème , 124 ème et 125 ème rang apparaisse le chiffre 138). Donc la constante réglant la courbure de notre univers (une sphère en expansion où l’on utilise la géométrie de Riemann) n’a qu’une chance infime de tomber juste par le simple fait du hasard.

Et il  y a 13 autres paramètres : le proton, l’antimatière etc etc etc

  1. Dirack en 1963, comme F Hoyle, finira par abandonner son athéisme : « Dieu est un mathématicien de premier ordre et il a utilisé des mathématiques très avancées pour construire l’univers ». Il retrouvait le platonisme du Timée dont Descartes et Galilée s’étaient servis pour opérer la révolution de la physique moderne. Ils contredisaient par là Shopenhauer, le père de l’athéisme au 19ème qui affirmait que l’univers n’avait pas de sens, était absurde. Il faut pour rendre compte de notre univers poser au contraire une cause suprêmement intelligente, Dieu, qui élimine tout appel au hasard. Cette conception est non seulement aussi forte que les 2 précédentes mais encore elle les complète et les conforte, tout en ayant été établie indépendamment des 2 autres. Toutes les 3 forment un ensemble cohérent, rationnel d’arguments en faveur d’une intelligence subtile et ayant voulu ce monde tel qu’il est et non un autre, comme Descartes et Newton le pensaient déjà. Voyons les objections de l’athéisme.

IV – Objections et réponses

1 – Tentatives d’alternative au Dieu créateur

    1. La lumière fatiguée: cette théorie tentait de nier l’expansion de l’univers en affirmant que le décalage vers le rouge n’était pas dû à l’effet doppler mais à une perte d’énergie des photons traversant d’énormes distances. Le français Pecker militant de l’union rationaliste, qui se veut athée, n’abandonnera cette théorie qu’en 1978, quand les données recueillies par le satellite COBE la démentiront (mais jusqu’en 2004 Pecker refusera le Big Bang)
    2. L’univers plasma: cette théorie affirmait que l’univers n’était en expansion que dans une toute petite partie. De nouveau les données du satellite COBE la démentirent comme la théorie précédente
    3. Plus en vogue était la théorie du Big Crunch qui s’opposait à la mort thermique de l’univers ; c’est-à-dire au Big Freeze prévu par la théorie standard du Big Bang. Elle retrouvait les théories cycliques des religions asiatiques, du stoïcisme et de l’éternel retour de Nietzsche ; on concevait donc un futur ralentissement de l’expansion de l’univers puis une phase de contraction jusqu’au retour à l’atome primitif puis à un nouveau Big Bang et ainsi de suite à l’infini (cf le roman de Dos Santos – la formule de Dieu, en 2006). Théorie abandonnée pour 3 raisons :
      1. La courbure de l’univers est insuffisante pour produire cette succession de rebonds (Big Bounces)
      2. Mais surtout en 1998 on s’aperçut que l’expansion loin de ralentir s’accélérait
  • Enfin le théorème de Vilenkin suite aux travaux de Hawking et de Penrose qui établissaient que tout univers comporte une singularité initiale, c’est-à-dire un commencement, allait plus loin en affirmant la nécessité absolue d’une singularité initiale globale : « il n’y a pas d’issue de secours, les astronomes doivent faire face au problème d’un commencement cosmique ». Une infinité de cycles dans le passé devient impossible.
  1. Les multivers ou le joker des athées : Soit on admet une infinité d’univers dont seul le nôtre aurait des réglages fins, soit une infinité d’univers parallèles au nôtre, c’est-à-dire sans contact avec le nôtre. Ces conceptions sont de la science-fiction puisque nous ne pourrons jamais prouver leur existence. Elles violent donc le principe de Popper qui nous dit qu’une théorie n’est scientifique qu’à condition de pouvoir être réfutée, falsifiée par l’expérience. Elles s’opposent aussi au théorème de Vilenkin affirmant la nécessité d’une singularité initiale globale.
  2. Le rien profond : En désespoir de cause, l’athée militant R. Dawking (auteur de l’horloger aveugle) propose un univers né, issu d’un rien profond. Mais qu’il soit profond ou non, le rien, le non-être absolu, ne peut être la cause de l’être de notre univers. Cette fois non seulement la cause est inférieure à son effet mais elle n’existe même pas (ce que ne faisait pas un Dieu créateur cause de soi, s’auto-engendrant, existant par soi).

2 – Assassinats et vexations

    1. Les nazis d’abord : En mai 1922, une étudiante demande à Einstein ; « Maître, que cherchez-vous dans vos équations ? » Et lui de répondre : « Ce que je veux connaître, c’est la pensée de Dieu ». Cette affirmation du monstre sacré fait le tour de l’Allemagne et déclenche la fureur des membres du nouveau parti national socialiste. Ceux-ci n’avaient pas eu de mal à convertir Hitler qui n’avait qu’un christianisme de façade à un panthéisme vulgaire où Dieu était réduit à n’être que la somme de tous les êtres d’une nature infinie, éternelle et stable, sans commencement ni fin (cf Mein Kampf et ses discours où il rejette l’idée d’un Dieu transcendant à une nature qu’il aurait créée, avec un anticléricalisme virulent). Toute tentative de mettre en cause ce panthéisme doit être tuée dans l’œuf. Einstein va recevoir des lettres anonymes, menaces téléphoniques de la part de ses collègues acquis au nazisme, dont 2 prix Nobel. En plus Einstein est juif. Seul Max Plank (Nobel 1918) le défendra, mais en vain, auprès d’Hitler. Einstein, avec 2 autres futurs Nobel finira par s’expatrier aux USA. A partir de 1936 les professeurs allemands juifs et non juifs qui soutiennent la relativité et l’expansion de l’univers seront d’abord assignés à résidence puis envoyés en camps de concentration où beaucoup périront, en particulier tous les juifs.
    2. Les soviétiques: Peu de temps après ils déclarent eux aussi la guerre à Dieu. Dès 1924 Djerzinski fait suivre Friedmann le pionnier du Big-Bang qui meurt de façon très suspecte. Gamov, son ami réfugié aux USA, affirme que c’est un assassinat exécuté par le KGB. Tamarkin, son ami, réussit lui aussi à fuir aux USA. Poulkovo échappe par 2 fois à la mort grâce à un futur Nobel, Piotr Kapista qui sauvera également Fock. D’autres ne vont pas avoir cette chance : Frederiko meurt après 6 ans de goulag à 32 ans, Balanovski, Perepelkine, Bronstein, Musselius, Eropkine, Numerov seront emprisonnés puis fusillés aux environs de leur trente ans. Pourquoi ? Parcequ’ils propageaient des idées incompatibles avec la théorie dite scientifique du marxisme-léninisme, en affirmant que l’univers avait eu un commencement et avait été créé. Tout ceci au moment où B. Brecht  écrit en 1939 une vie de Galilée très hostile à l’église catholique, sans se soucier du sort de ces pionniers de la cosmologie. Enfin il y a l’affaire Sakarov (pourtant père de la bombe H soviétique) : Tout en défendant Plioutch, envoyé lui en hôpital psychiatrique, Sakarov reprenait les thèses de Friedmann et fut assigné en résidence surveillée à Gorki en 1980. C’est Gorbatchev qui le fera libérer en 1986.

    Conclusion : Le rasoir d’Occam

    Philosophe de la fin du Moyen-Age, Occam propose un moyen pour discriminer deux théories rationnelles. Il s’agit du critère de simplicité qui sera seulement adopté par la communauté scientifique au début du 19 ème siècle. Alors, pendant plus d’un siècle les scientifiques s’en servirent pour préférer la théorie d’un univers infini, éternel et stable à la théorie créationniste. C’est l’inverse de nos jours, puisque nous avons vu qu’à l’hypothèse métaphysique simple d’un créateur, on est contraint de faire appel soit à des multivers en nombre infini (contrés par le théorème de Villekin), soit à des univers parallèles que l’on ne pourra jamais observer car indépendants du nôtre (contrés et par le principe de K. Popper et celui de simplicité). Pire encore, R. Dawking fait appel au néant profond c’est-à-dire au rien ou non-être absolu, qui, lui ,viole le principe de causalité.

    Bref, nos athées ne se rendent pas compte qu’ils sont, tout comme nous, les croyants en Dien, non pas des incroyants comme ils le prétendent, mais des croyants en des théories impossibles à vérifier : les fameux multivers ou, pire, que de rien peut naître quelque chose !

    De plus les 3 théories révolutionnaires présentées (Carnot, Big-Bang et principe anthropique) se confortent les unes les autres bien qu’étant indépendantes les unes des autres.

    Ensuite les réactions violentes, sanglantes des 2 grands régimes athées, nazi et soviétique, ne nous montrent-elles pas qu’ils avaient bien prévu les dangers de ces 3 théories pour l’athéisme ?

    Enfin que penser des vexations, discriminations à l’encontre des scientifiques religieux contemporains ? dans une enquête (réf) auprès de 1800 physiciens et biologistes aux USA, 34% des catholiques et 40% des protestants déclarent avoir subi des pressions quotidiennes et même des mises à l’écart dans leur travail (cf Journal for the Scientific Study of Religion : Perception of Religious Discrimination Among US scientists – Dr E. H. Ecklund et al., 2018 – 01 – 25)