L’homme est-il un animal comme les autres ?
Existe-t-il un propre de l’homme — le rire, par exemple ? Ou ne sommes-nous que des chimpanzés améliorés ? La séance part de l’animal-machine de Descartes, longtemps caricaturé, pour demander si ce qui nous sépare de l’animal est une différence de degré ou une différence de nature.
Existe-t-il un propre de l’homme (par exemple le rire) ? ou ne sommes-nous que des chimpanzés améliorés ? y a-t-il une différence de degré ou de nature entre l’homme et l’animal ? Introduction : En 1996, le 400ème anniversaire de la naissance de Descartes fut fêté par la communauté philosophique ; cependant les hommes politiques ne s’y intéressaient pas vraiment. Sand doute avaient-ils pensé que sa thèse de l’animal machine n’était pas au goût du jour, puisqu’elle subordonnait l’animal à l’homme. N’était-il pas aussi celui qui avait invité l’homme à devenir maître et possesseur de la nature, avec tous les dégâts que cela implique, en particulier sur le climat ? Notre plus grand philosophe français méritait-il un tel traitement ? Examinons d’abord la thèse de l’animal machine et confrontons-la ensuite à notre expérience pour déterminer qui de l’antispécisme des wokistes ou du spécisme cartésien est le meilleur choix philosophique.
L’animal machine de Descartes ou rendre justice à Descartes
Descartes contre Aristote : d’abord on oublie que pour Descartes, seul Dieu est maître et possesseur de la nature qu’il a créée ; l’homme n’est que « comme » maître et possesseur de cette nature c’est-à-dire maitre secondaire subordonné au premier. Ensuite que nous dit Descartes, la santé étant le premier des biens il ne peut être question de polluer l’air et l’eau tout comme la terre pour gagner de l’argent. Il faut au contraire chercher les responsables du côté des petits philosophes sensualistes, matérialistes et athées du 18ème siècle, comme les responsables principaux de l’exploitation sans retenue de la nature (cf. aussi leurs peu de scrupules vis-à-vis de l’esclavage, Voltaire qui est déiste a des actions de la compagnie des Indes). Enfin, sa thèse de l’animal machine est mal comprise, y compris par son disciple Malebranche et par les autres cartésiens tel Buffon (cf. Malebranche et sa chienne) En fait Descartes s’oppose à la conception aristotélicienne datant de près de 20 siècles. Aristote distinguait 3 niveaux chez les êtres vivants, les plantes possédant une forme végétative permettant l’auto-assimilation, autoréparation et autoreproduction (naissance et reproduction) ; les animaux possédant une forme sensitive, enfin l’homme possédant une forme rationnelle avec les capacités des 2 autres formes d’où la définition de l’homme par Aristote comme animal raisonnable. Descartes s’y oppose parce que cette thèse vitaliste est purement descriptive et ne permet ni connaissance véritable (c’est-à-dire quantitative, mathématique) ni possibilité d’action véritable sur le vivant (cf. Harvey). Descartes présente une thèse mécaniste qui peut permettre d’observer les êtres avec des appareils perfectionnés (loupe, microscope) et il y a en réalité 2 niveaux de la conception cartésienne. Le premier celui du corps humain machine de la 2e méditation paragraphe 6 est affecté d’un fort coefficient d’évidence. Grâce à ce premier niveau, le modèle circulatoire de Descartes soutient Harvey contre les disciples d’Aristote qui eux tiennent pour le modèle d’irrigation. Ainsi va naître une médecine scientifique perfectionnée 2 siècles plus tard par Claude Bernard (étude du diabète avec expérimentations sur les chiens). Les diabétiques peuvent remercier Descartes et Claude Bernard. Cette thèse mécaniste est à mettre en rapport avec les premières machines, celle de Marly et celle de théâtre. Le 2nd niveau, celui de l’animal machine est différent bien que s’appuyant sur le premier et en étant le prolongement extérieur. En fait il apparaît au point de rencontre avec l’idée de l’âme. Celle-ci est capable de se saisir dans la lumière et la transparence du cogito, je pense donc je suis. Mais cela ne concerne que moi. Comment suis-je certain de l’âme d’autrui ? que celui-ci n’est pas un fantôme ou un androïde ? c’est grâce au langage s’exprimant dans une parole. Or si les animaux poussent des cris, émettent des signaux, ils n’ont pas de langage articulé. Descartes estime donc que ce sont des corps sans âme, bref des machines (cf. 5e partie du discours de la méthode) Or cette thèse est négative : elle prouve seulement qu’on ne peut pas prouver la thèse inverse, celle de l’âme des bêtes. La thèse n’est donc que probable plus réfutative qu’affirmative. Ce que vise aussi Descartes avec raison ce sont les délires anthropomorphiques du fait que nous avons été enfants avant d’être adultes. Ce sont 2 excès inverses qui déforment la thèse équilibrée de Descartes. L’excès de Malebranche et des cartésiens affirmant une réduction totale de l’animal à une machine et en en faisant une thèse affirmative et dogmatique. Ils oublient que Descartes précise que la vie en tant qu’œuvre divine, représente un modèle inaccessible pour l’invention humaine : un robot ne peut se reproduire ni s’auto réparer à partir de sa propre substance et encore moins évoluer comme les animaux, y compris les nouveaux xénobos qui ne peuvent survivre sans des cellules souches de grenouilles. Ce n’est que du bricolage à partir du vivant et non une transformation du robot inerte en robot vivant. Ce sont donc 2 excès inverses qui déforment la thèse équilibrée de Descartes. L’excès ontologique métaphysique de Malebranche et des cartésiens à Buffon qui affirment une réduction totale de l’animal à une machine et l’excès contraire des petits philosophes matérialistes et sensualistes tel La Mettrie dans son ouvrage l’homme machine, reconnu comme identique à l’animal machine (il avait tout de même saisi que l’on pouvait apprendre le langage des signes des malentendants à des grands singes mais ils n’en font qu’un usage biologique). Pas question de leur apprendre les rudiments de la géométrie. Ceux que visait Descartes c’était les 3 sortes de personnes suivantes : 1/Les sceptiques disciples de Montaigne. 2/Les propriétaires d’animaux de compagnie 3/Les religieux affirmant comme démoniaque de pénétrer les secrets de la vie.
Le domaine technique : un préalable oublié trop souvent. Nos animaux domestiques sont aussi des êtres culturels puisque produits, élevés, éduqués par l’homme (épigénétisme : cela se transmet) : le loup ou le lynx vivant de façon sauvage sont les seuls êtres complètement naturels. Le singe naturel, en particulier le chimpanzé se sert d’instruments, d’intermédiaires de médiation pour satisfaire ses besoins alimentaires. Mais pour pouvoir les utiliser ils doivent être dans son champ perceptif avec l’aliment désiré (plusieurs morceaux de bois ou plusieurs chaises ou caisses pour attraper une banane). N’oublions pas pour un instrument dissimulé, leur sens olfactif beaucoup plus développé que le nôtre (donc affaire de perception visuelle et olfactive) cf. les rats et les labyrinthes. Il peut même exister une préparation de l’instrument : un singe est capable d’arracher les rameaux secondaires d’une tige végétale. Mais un robot est aussi capable de percevoir une prise électrique pour s’y recharger, et il peut éviter les obstacles. Doit-il être reconnu comme être sensible lui aussi ? Il ne faut pas oublier non plus le rôle des parents dans les gestes faits par les plus jeunes ainsi que dans leurs choix alimentaires : des serins élevés dans des nids artificiels rassemblent des brindilles mais sont incapables de réaliser un nid correct propre aux serins. Donc utilisation du passé, du présent en revanche aucune anticipation du futur par manque d’imagination créatrice, c’est-à-dire d’une capacité à accéder au non être relatif qu’est l’image future. La preuve : les chimpanzés abandonnent leurs instruments alors que l’homme conserve ses outils et peut de ce fait les améliorer. Ensuite si l’on veut faire effectuer des exercices à des chimpanzés, ou à des dauphins, il faut une récompense alimentaire immédiate. Preuve que l’animal ne peut s’extraire du monde biologique, l’animal reste une partie de la nature et ne peut que la subir. L’homme transforme la nature et la maîtrise en partie. Enfin, depuis 48 millions d’années le chimpanzé n’a pas été capable de fabriquer du feu (cf. Hulot), de conserver la viande, et surtout de se protéger des prédateurs. Incapable aussi de produire le feu à l’aide des bâtons comme les indiens d’Amérique. En résumé, l’animal est prisonnier du biologique et de l’immédiat : boire, manger, dormir, se reproduire en évitant les prédateurs. Certes nous ne connaissons pas tout des animaux (exemple les goûteurs chez les rats) mais la vérité scientifique ne peut résider dans un anthropomorphisme, la plupart du temps délirant. D’ailleurs avec les arbres on retrouve une situation pire qu’à la Renaissance où la magie triomphait pourtant : l’affirmation qu’ils peuvent tomber amoureux. Certes ils luttent pour la lumière : tropisme : mécanisme.
Le langage : on parle de communication, en particulier chez les insectes sociaux comme les abeilles. Cette communication se fait par des danses qui indiquent dans une direction précise un champ de fleurs, grâce à sa position par rapport au soleil et à la ruche. La qualité du nectar s’exprime par l’intensité plus ou moins grande de la danse. Mais le terme de communication est-il adéquat ? pour qu’il y ait communication véritable il faut que cela se passe entre 2 locuteurs conscients et qui répondent à la situation de façon volontaire : au minimum, ordre ; suivi de « oui mon commandant ». L’abeille qui suit dans sa danse l’autre abeille revenant du champ de fleurs, répond non pas par des signes linguistiques, ni même par des signaux, mais par un comportement en se dirigeant à son tour vers le champ de fleurs sans se tromper il est vrai (un déversoir n’est pas une communication dans les 2 sens). Certes il peut exister des modulations dans les cris des singes : le cri danger peut être modulé vers le bas : (panthère) ou vers le haut : (aigle). En leur retransmettant le cri pluie tous les singes vont se mettre à l’abri alors que le ciel est tout bleu !!! Mécanisme. Mais cela n’a rien à voir avec les énormes, infinies possibilités permises par le langage articulé. D’ailleurs certains singes peuvent articuler quelques mots, s’ils n’en émettent pas plus c’est qu’il leur manque l’essentiel : les idées, les concepts abstraits, (cf. la boîte suivante), l’imagination, l’entendement, et la raison. Le langage est donc à la fois la clé et le produit de l’abstraction : on ne pense jamais sans les mots. Ne soyons pas dupes, les animaux ne pensent pas car n’ayant pas les mots, ils ne peuvent accéder aux idées abstraites. Rappelons pour terminer l’exemple de la physique : quand a-t-on vraiment progressé ? Quand, au 17e siècle, on a abandonné les expressions tirées de l’expérience humaine pour des concepts mathématiques, quantitatifs, exemple : horreur du vide : pression atmosphérique / le lieu naturel d’un corps : inertie des corps opposé à l’empirisme d’Aristote. Exemple des cygnes : les 3 pêcheurs. Les 2 premiers : « on pourrait apprendre beaucoup des animaux ». En réalité, les 2 parents ne chassent leurs petits qu’après la mue. Mue qui peut se mesurer par rapport aux cris qu’émettent les petits, pur mécanisme quantitatif.
Mais la culture est ce qui démarque aussi totalement l’homme de l’animal
L’art : n’y a-t-il vraiment qu’une différence de degré entre l’agitation biologique des chimpanzés lors de l’arrivée de la pluie et les danses humaines, avec leur créativité, leur recherche de perfection, de beauté, comme on peut le voir dans le lac des cygnes de Tchaïkovski, danses mêlées harmonieusement à la musique (ne pas saisir cela n’est-ce pas se couper de la réalité humaine ?). Comme Hegel l’avait noté, aucune comparaison possible non plus entre les innombrables créations musicales humaines et l’imitation par l’homme des champs répétitifs des oiseaux. Certains observateurs se disant scientifiques du comportement animal sont tellement obnubilés par leur recherche qu’ils en oublient ou pire peut-être ignorent les chefs-d’œuvre de l’homme. La science : comment certains biologistes peuvent-ils se laisser aller à parler de recherche scientifique chez les singes du fait que ceux-ci utilisent des feuilles à propriétés digestives ou antibiotiques alors qu’ils n’ont aucun laboratoire de recherche ni appareils d’observation et de mesure, ni modèle mathématique clé de la connaissance scientifique. Seul le hasard au long des siècles a produit cela (différent de Fleming : hasard aussi mais compris et donc la technique a pu être améliorée rapidement) Morale et politique : il n’y a pas d’interdiction de l’inceste chez les chimpanzés ou les Bonobos, la plupart du temps ce sont les rapports de force qui régissent la hiérarchie animale : mâle et femelle, ou les rapports interspécifiques avec au sommet les grands prédateurs, ours, lions, ou dans les eaux requins, orques, crocodiles. Alors que chez les humains, un être plus faible physiquement, enfant, femme, adolescent, peut très bien exercer un pouvoir absolu sur des êtres plus forts physiquement. Certes des fourmis peuvent élever des pucerons, mais elles en tirent bénéfice. Ne soyons pas naïfs non plus, sur certains comportements qualifiés rapidement d’altruistes : soit ils servent la communauté (et bien souvent les individus sont sacrifiés systématiquement à la communauté cf. les abeilles) soit ils sont purement mécaniques, cf. l’exemple des rats soi-disant altruistes, ils libèrent leur congénère mais ils le tuent immédiatement si l’on change son odeur. Aucune préoccupation d’ordre philosophique ou religieux aucun comportement sacrificiel chez l’animal comme chez les Aztèques, les mayas ou les Incas. Les femelles animales, en particulier chez les carnivores, protègent leurs petits des mâles voulant se reproduire rapidement. On ne voit pas non plus d’animaux gâcher de la nourriture pour l’offrir aux divinités : aussi les animaux ne laissent que leurs os : termitières, les ruches disparaissent rapidement (contrairement à l’homme : tombeau du Taj Mahal, es pyramides) Quant aux cimetières d’éléphants, pensons plutôt à des catastrophes géologiques (gaz), climatiques ou biologiques : les virus s’en prennent aussi à plus gros. De même le fait qu’ils dissimulent sous des branchages un congénère n’a pas plus de sens que nos chiens cachant maladroitement leurs excréments : comportement résiduel ! La preuve, c’est qu’un peu plus loin, tous les charognards nécrophages attendent le départ du troupeau d’éléphants pour dépecer le mort. L’homme enterre ses morts avec armes, aliments, ou les brûlent. Enfin, si les animaux manifestent de la peur vis-à-vis de leurs prédateurs, il n’y a aucune angoisse existentielle face à la mort, le futur n’étant pas appréhendé par eux : Le futur n’existe pas comme causes de leur comportement (exemple des saumons). Une femelle chimpanzé met plus d’une semaine avant d’abandonner son enfant mort. Vous imaginez l’odeur !!
Conclusion : si l’homme fait bien partie de la nature comme les animaux par son corps, son esprit lui a permis de s’arracher au berceau de l’humanité, la terre, pour partir conquérir des mondes nouveaux. Pas de singes cosmonautes, ils sont une partie de la nature. De même, comme l’indique Descartes dans la 5e partie du discours de la méthode, nous serons bientôt étonnés par nos robots, en particulier incapables de les distinguer des êtres vivants naturels (sauf autopsie bien sûr). D’autant que notre philosophe, ne connaissait pas toutes les possibilités de l’intelligence artificielle. Vous voyez-vous, quand les robots seront reliés au Big data, discuter philosophie avec eux ? Ce que l’on ne peut pas faire avec un chimpanzé ? Enfin pas d’auto-construction du chimpanzé, comme il peut en exister chez l’homme (PMA, GPA, pas de transition de genre). Si les transhumanistes délirent en croyant que l’homme peut se faire Dieu Tout Puissant (ils se voient inverser l’entropie), ne tombons pas dans l’excès inverse qui est de nous faire semblable voire identique aux animaux. Considérez jusqu’où Sade a pu aller en adoptant cette perspective. N’oublions pas qu’il fut libéré de prison par la Révolution, devient un des révolutionnaires très actif. Quant à la Révolution née à partir d’idées matérialistes, sensualistes (mise à part Rousseau et Kant), elle s’illustra par la facilité avec laquelle leurs chefs s’envoyèrent à la Guillotine mais aussi par le Génocide vendéen. Modèle dont Lénine s’inspira : il a passé l’été 1910 à Pornic. Il parlera de Vendée russe.
En pratique
- Quand
Date à confirmer - Où
Salle des fêtes de Saint-Germain-du-Plain - Entrée
Libre, participation au chapeau
Intervenant
- Michel Le Pillouer
Agrégé de philosophie