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Les preuves philosophiques de l’existence de Dieu

Date à confirmer 20h30 – 22h Salle des fêtes de Saint-Germain-du-Plain

Par Michel Le Pillouer

Après les preuves scientifiques, les preuves métaphysiques. Qu’est-ce qu’une preuve, au juste ? La séance part du syllogisme d’Aristote et de la géométrie d’Euclide, traverse saint Thomas, Platon, saint Bonaventure, saint Anselme et Descartes, puis examine une à une les objections — y compris celle des transhumanistes.

I Après les preuves scientifiques, les preuves métaphysiques

A/ La logique : Une preuve est une opération rationnelle amenant d’une manière indubitable tout homme à reconnaître la vérité d’une proposition d’abord douteuse. Le syllogisme d’Aristote à partir de 2 propositions conditionnelles nous amène à en affirmer une 3ème vraie. Si tous les hommes son mortels, et Si Socrate est un homme, Alors nécessairement Socrate est mortel.

Il s’agit donc d’une vérité hypothético-déductible. Pour qu’elle soit absolue, il faut prouver les 2 premières propositions.

B/ La géométrie d’Euclide fonctionne de la même façon.

Postulat ou Axiome d’Euclide Si par un point hors d’une droite on ne peut mener qu’une seule parallèle à cette droite, alors nécessairement la somme des angles d’un triangle vaut 180°, i.e 2 droits (2 x 90°) C’est pourquoi si par un point pris hors d’une droite on ne peut mener aucune parallèle à cette droite (i.e une géométrie sphérique), alors la somme des angles du triangle est supérieure à 180°. Et si par un point pris hors d’une droite, on peut mener une infinité de non sécantes à cette droite, alors la somme des angles du triangle est inférieure à 2 droits. Il s’agit toujours de vérités hypothético-déductives et c’est pourquoi nous avons trois géométries et non pas une seule et que toutes les trois servent à différents niveaux de la réalité.

C/ Les sciences de la nature On vérifie, i.e on confronte au réel sensible, grâce à des appareils d’observation ou de mesure, une hypothèse inventée par notre imagination et notre raison (formulation mathématique). Ex. de l’horreur du vide et de la pression atmosphérique. Si la réponse est positive, je ne suis pas absolument certain de la vérité de l’hypothèse. Par contre, si la réponse est négative, je suis absolument certain qu’il y a quelque chose de faux dans mon hypothèse. Ex Tous les cygnes sont blancs. Mais cela permet le progrès scientifique et qui dit progrès dit non retour en arrière.

D/ Dans les sciences humaines Non seulement il est difficile de quantifier un phénomène humain, comme le suicide, par exemple : n’ai-je pas affaire à un meurtre déguisé en suicide ? De plus, si les protestants se suicident deux fois plus que les catholiques, est-ce la reigion ou le genre de vie qui en est le facteur principal ? E/ En métaphysique On ne se sert plus que du langage, car on ne peut mesurer ce qui échappe au sensible : l’âme, Dieu. Mais on peut se servir de raisonnements fondés sur l’expérience humaine, externe ou interne, i.e . sensible ou mentale et sur le raisonnement par l’absurde qui découvre une contradiction dans mes thèses, ou le syllogisme. Aussi pouvons-nous répondre au chef de file du scepticisme , Pyrrhon d’Elis (IVème-IIIème av.J-C), qu’affirmer qu’il n’y a pas de vérités métaphysiques, que tout est question d’opinions diverses et variées, est une position qui s’auto-détruit : s’il n’y a pas de vérités possibles pour l’homme, alors le scepticisme n’est pas plus vrai que toutes les autres doctrines. Alors pourquoi être sceptique ? D’autre part, on peut s’apercevoir qu’au cours du temps la raison humaine progresse dans les sciences et, par là, élimine certaines doctrines. Si nous prenons le criticisme de Kant, philosophe du 18ème s., celui-ci affirme que la raison humaine est incapable de décider si le monde a eu un commencement ou s’il est éternel, car on peut prouver les deux hypothèses opposées. Or le théorème de Vilenkin, établi au 21ème s., nous montre que le passé n’est pas infini puisqu’il y a eu une singularité initiale, i.e. un commencement il y a 13 milliards d’années. Pourquoi donc dévaloriser systématiquement la raison humaine, puisqu’elle peut raisonner par l’absurde ?

II Les preuves de saint Thomas d’Aquin, inspirées d’Aristote

En bon disciple d’Aristote, saint Thomas d’Aquin construit ses preuves à partir du monde sensible (c’est pourquoi dans le célèbre tableau de Raphaël, Aristote montre la terre) Même les principes les plus abstraits semblent venir du sensible : c’est en partageant un gâteau que je vois que le gâteau entier, le tout, est plus grand qu’une de ses parties ; ou encore, spontanément, voyant un serpent, j’ai un mouvement de recul. Saint Thomas, pour prouver Dieu, va donc remonter des effets sensibles à leur cause.

  1. Preuve par le mouvement qui va être un peu le modèle des 4 autres preuves. Il y a du mouvement dans le monde : je peux voir la flèche sortir de l’arc, le mouvement des êtres vivants, et surtout celui des astres. Or tout ce qui est mû l’est par autre chose ; cf. l’exemple du mécano de la générale ; cf. aussi la pierre que vous tenez en main et que vous lâchez, elle va rejoindre son lieu naturel, le bas, alors que la fumée, elle, va vers le haut, cf. les montgolfières ; et si l’on a utilisé un mouvement violent en jetant une pierre vers le haut, elle finira par ralentir, par s’arrêter et enfin rejoindre son lieu naturel. Quant aux animaux, c’est leur âme sensible et locomotrice qui leur permettra de se mouvoir. Mais une 3ème proposition est nécessaire pour faire appel à Dieu : on ne peut remonter à l’infini. Or, comme saint Thomas ne connaît pas le théorème de Vilenkin, il ne peut s’en servir. Mais il nous fait remarquer que, lorsqu’une série de moteurs et de mobiles forme un ensemble ordonné où chacun meut le suivant, il est inévitable que, si le premier disparaît ou cesse de se mouvoir, aucun des suivants ni ne sera mû ni ne sera moteur du suivant. C’est le premier qui confère aux autres la faculté de se mouvoir. Or si la série est infinie, il n’y a pas de premier moteur, tous sont des intermédiaires. Sans premier moteur, rien ne sera mû et il n’y aura aucun mouvement dans le monde. Il doit donc y avoir un premier moteur séparé des autres, absolument immobile, qui est Dieu. S’il était mobile, il faudrait trouver un autre moteur qui le rendrait mobile et l’on retomberait dans l’infinité des causes (cf. Vilenkin). Cela nous montre bien que saint Thomas n’admet pas que l’existence de Dieu est évidente ; car pour lui, comme pour Aristote, les seuls êtres directement accessibles sont les choses sensibles. Or, comme l’âme, Dieu ne peut se voir (différent de Platon, saint Augustin ou saint Bonaventure).
  2. Preuve par la cause efficiente Cette fois, Dieu ne va plus être seulement cause du mouvement des choses, mais créateur des choses, de leur existence. D’abord, aucun être n’est cause efficiente de lui-même, puisque la cause étant antérieure à son effet, on ne peut être antérieur à soi-même. D’autre part, on ne peut remonter à l’infini, comme nous l’a montré la preuve précédente, et cette série de causes est ordonnée : la 1ère cause la 2nde qui engendre la 3ème, etc. C’est donc la 1ère qui est la cause de toutes les autres. Sans elle, aucune autre n’existerait. Donc, cette 1ère cause est Dieu, elle est créatrice de toutes les autres.
  3. Preuve par la contingence Tout être sensible, qu’il soit inerte ou vivant, aurait pu ne pas être, i.e. qu’il est contingent (l’opposé de nécessaire) ; pour les vivants, il aurait fallu que les parents disparaissent avant leur conception ; pour les objets inertes, leur apparence pourrait être autre, si les conditions dans lesquelles ils se trouvent avaient été différentes. Il faut donc poser un Etre nécessaire pour rendre compte et de leur existence et de leur situation, i.e. Dieu.
  4. Preuve par les degrés d’être Preuve très controversée et, comme vous le verrez, en fait très proche de Platon, saint Anselme et Descartes. D’après saint Thomas, il y a des degrés dans l’erreur et la vérité, donc il doit exister une vérité suprême et donc un être suprême, Dieu. Il passe donc du suprême relatif au suprême absolu, i.e. qu’il n’est pas vraiment parti des choses sensibles, visibles, mais des idées.
  5. Preuve par la finalité Tout dans le monde suit un ordre constant, en particulier les astres. Il faut donc, comme l’avaient déjà fait les stoïciens, faire appel à une Providence ordonnatrice des lois de ce monde. Donc négation du hasard d’Epicure et appel à un monde ordonné. L’ennui, c’est que la philosophie d’Aristote, reprise par saint Thomas et les philosophes musulmans, quoique très cohérente, butait sur une objection : si tout mouvement suppose un moteur constant, qu’est-ce qui pousse la flèche une fois sortie de l’arc ? C’est l’air, séparé par la flèche : réponse inadéquate, surtout par vent violent opposé au tireur. Il faudra attendre le 17ème s. et le principe d’inertie de Descartes pour avoir la réponse et comprendre le phénomène, tout en se méfiant de nos sens. Et cela venait de Platon qui, dans le tableau de Raphaël, montre le ciel au lieu de la terre.

III Platon et l’élévation de l’homme vers Dieu (Vème s.-IVème s.)

  1. L’évidence de l’existence de Dieu : l’allégorie de la caverne Tout d’abord, ce n’est pas un mythe comme dans le Protagoras, où Zeus punit Prométhée pour avoir volé le feu divin et l’avoir donné aux hommes. Pas d’intervention des dieux dans cette allégorie, sinon, comme nous le verrons, le Dieu transcendant, l’idée de Dieu. Rappelons la célèbre phrase de Pascal : « Platon prépare au christianisme ». Cette allégorie a pour but d’illustrer notre condition humaine, par rapport à notre savoir et à notre ignorance. Imaginons des hommes enchaînés depuis leur enfance et qui ne peuvent voir que le fond de la caverne ; la lumière vient d’un feu allumé sur la hauteur de la caverne, au loin derrière eux ; entre le feu et ces prisonniers passe une route ; et le long de cette route est construit un mur, derrière lequel circulent des hommes portant des marionnettes, i.e. des objets de toute sorte dépassant du mur. Que voient donc ces hommes enchaînés ? Uniquement les ombres d’eux-mêmes et des objets au-dessus du mur projetées sur le fond de la caverne. Ces étranges prisonniers nous ressemblent,s’entretiennent entre eux, prennent pour des objets réels les ombres qu’ils voient ; et chaque fois qu’ils parlent et que parlent les montreurs de marionnettes, ils croient entendre l’ombre qui passe devant eux, la caverne ayant un écho. Supposons maintenant qu’on délivre un de ces prisonniers, i.e. qu’on le délivre de son ignorance en lui montrant le feu (notre soleil sensible), il va souffrir d’être aveuglé par le feu et ne verra plus les objets dont il voyait l’ombre. Il ne croira pas, au début, qu’il est avantagé et voudra même revenir à sa situation précédente, vers les ombres qu’il distinguait mieux. Si ensuite on le force à gravir la montée et à sortir de la caverne, ébloui par le soleil (l’idée du Bien, le Dieu transcendant), il refusera au début de croire qu’il est en face de la réalité. Ce n’est que petit à petit qu’il y parviendra. D’abord, la nuit, éclairé par la lune, puis le jour, en voyant d’abord les ombres des objets (les Mathématiques), puis les objets eux-mêmes (les Idées) et enfin le soleil (l’Idée de Dieu). Alors, il en conclura que c’est le soleil qui fait les saisons, les années et qui gouverne tout dans le monde visible (donc dans le monde des idées) et que c’est lui qui est la cause de tout ce qu’il voyait dans la caverne.
  2. Une conversion difficile Plaignant alors ses compagnons, il refusera les honneurs, les louanges qu’ils se décernaient entre eux dans leur prison et préférera être le dernier hors de la caverne plutôt que le premier en bas dans ce monde d’illusions. Imaginons qu’il redescende pourtant dans la caverne, pour les sortir de leur ignorance, venant de la lumière solaire, aveuglé par les ténèbres de la caverne, il ne voit plus bien les ombres d’autrefois. Ses compagnons se moquent de lui, et s’il veut tout de même les sortir de leur ignorance, ne le prendront-ils pas pour le tuer ? (Rappel de la mort de Socrate). Pour Platon, donc, le monde sensible est illusoire et il faut faire un réel effort pour permettre à l’âme d’accéder à la réalité du monde supérieur, au monde intelligible, pour s’élever par degré, aux mathématiques, d’abord, puis aux idées du vrai, du juste, du Beau, pour enfin parvenir en dernier au soleil, i.e. à l’Idée du Bien, au Dieu transcendant, cause directe du monde intelligible, cause indirecte du monde sensible, jusque là, c’est un démiurge, dieu secondaire qui organise le monde sensible grâce aux mathématiques appliquées au chaos originel (Livre VII de La République de Platon). Ce soleil du monde hors de la caverne, cette idée du Bien, on ne peut la percevoir sans conclure que c’est elle qui nous conduit à la sagesse dans la vie privée comme dans la vie publique. C’est bien par une conversion suivie d’une illumination que nous atteignons comme une évidence l’existence de Dieu, mais à condition que cette intuition rationnelle ne soit pas masquée par nos passions. C’est ce que saint Augustin nous explique dans ses Confessions. Tant que la soif d’éloquence, l’orgueil, la sensualité le guident, il est éloigné de Dieu. Au contraire, converti par sa mère, sainte Monique, et saint Ambroise, il découvre à son tour que Dieu est plus intime à lui-même que lui-même. C’est ce que saint Bonaventure, l’adversaire ,le concurrent ,plutôt, de saint Thomas, va tenter de nous montrer.

IV L’évidence de l’existence de Dieu, selon saint Bonaventure (13ème s.)

1ère voie Non seulement l’existence de Dieu ne nous est pas inconnaissable, comme le croient les sceptiques, les agnostiques, mais la connaissance que nous en avons est évidente et très aisée à acquérir. C’est d’abord parce qu’il s’agit, non de la nature de Dieu, de son essence, très supérieure à la nôtre et donc difficile à connaître, mais de son existence. Pourtant, on peut objecter que tous les païens se trompent sur Dieu, et n’ont donc pas une connaissance adéquate, vraie, de Dieu, en en faisant une statue de pierre. Mais en fait, en affirmant ceci, les païens se trompent sur la nature divine et non sur son existence. De plus, l’âme humaine est apte à tout connaître, car elle peut s’assimiler à tout. Elle est donc apte à connaître Dieu, car elle est faite à son image et à sa ressemblance. Il y a donc une intelligibilité profonde entre ces deux êtres, dont l’un est la cause de l’autre. L’âme humaine, débarrassée de ses passions, de ses préjugés, peut donc connaître de façon innée l’existence de Dieu. Ce n’est rien d’autre que ce que nous disaient Platon et saint Augustin. 2ème voie C’est en utilisant le principe de causalité que saint Bonaventure va, cette fois, raisonner, en partie, comme saint Thomas. Ce principe ne permet pas seulement de conclure de la cause à l’effet, il permet aussi légitimement de remonter de l’effet à la cause. Il nous est donc possible de reconnaître Dieu à partir de n’importe lequel de ses effets, de ses créatures ; et peu importe la créature sensible choisie , car le sensible est une route qui nous conduit à l’intelligible. Or les choses sensibles sont déficientes, caduques, incapables de se causer elles-mêmes ; elles sont donc finies, limitées donc causées, produites. Par qui ? Par un Etre par soi, i.e. Dieu – Celui-ci est donc si universellement attesté par toutes les créatures qu’il est évident qu’Il existe ; et ce d’autant que toutes ces choses sont intelligibles et que, par là-même, elles conduisent à Dieu, pur esprit. 3ème voie qui, elle, reprend l’argument de saint Anselme et les degrés d’être de saint Thomas. Dieu est, car Dieu est la suprême vérité donc l’Etre même par excellence. Il ne peut donc pas ne pas être. Saint Anselme avait davantage détaillé l’argument et répondu aux objections, c’est pourquoi nous allons le préciser bientôt. Mais saint Bonaventure complétait ces trois voies en montrant trois erreurs qui risquaient de nous masquer l’évidence. 1ère erreur : Nous pouvons ne pas comprendre ce que signifie ce que nous entendons par Dieu : l’être absolument parfait. 2ème erreur :  de raisonnement : Dieu n’existe pas, car les criminels, les méchants, ne sont pas condamnés tout de suite ; mais la Providence agit sur le long terme, répond saint Bonaventure, voire après la mort. 3ème erreur : Le fini peut-il connaître l’infini ? Avant Descartes, saint Bonaventure distingue d’une part comprendre,embrasser et d’autre part entendre, toucher, s’approcher :on ne peut comprendre l’infini,mais on peut s’en approcher.

V La preuve ontologique ou a priori de saint Anselme

A) L’argumentation de saint Anselme (XIème s.) Il prend comme point de départ ce premier verset du Psaume 13 : « L’insensé a dit dans son cœur, il n’y a pas de Dieu ». Saint Anselme va montrer qu’on ne peut tenir pour vraie une telle proposition, qu’elle est absurde. J’appelle Dieu, dit saint Anselme, l’être à partir duquel rien de plus grand ne peut être conçu. Si vous dites qu’Il n’existe pas, alors je pourrai en concevoir un plus grand, celui qui aurait toutes les perfections du premier, plus l’existence.

B) Kant, philosophe allemand du 18ème s., avait longtemps tenu cette preuve pour la seule valable. Mais il finit par la critiquer, en affirmant que l’existence n’est pas une perfection, une propriété de la chose : aucune différence au niveau du concept entre 100 thalers imaginés et 100 thalers dans ma poche ; mais dans le deuxième cas, je suis plus riche que dans le premier. De l’idée de Dieu, je ne peux tirer que l’idée de l’existence de Dieu. Un moine, appelé Gaunilon, avait dès le XIème s. fait la même objection à saint Anselme.

C) Saint Anselme n’eut pas de peine à montrer à Gaunilon qu’il n’a rien compris : il y a une différence incomparable entre l’être à partir duquel rien de plus grand ne peut être conçu et l’île,au moins limitée dans l’espace. Hegel (18ème s.-19ème s.) fera la même objection à Kant : c’est bien d’un allemand de comparer de l’argent i.e. à Dieu.

D) Chez Descartes, cette preuve existe dans la Cinquième Méditation. Voici son syllogisme : J’ai l’idée d’un être tout parfait (Dieu, or l’existence est une perfection, donc Dieu existe. N’est-il pas plus parfait d’exister en réalité qu’en imagination ? Un roman, tant qu’il n’est pas rédigé, écrit, est moins parfait. La perfection dans les sciences, dans la technique, ne vient-elle pas le plus souvent de l’intelligible, des idées, plutôt que du sensible ? Passons aux preuves « a posteriori ».

V Les deux preuves « a posteriori » de la Troisième méditation de Descartes. qui évite l’objection de la preuve a priori : on est toujours dans le domaine des idées et non dans celui de l’existence. A) La 1ère preuve par l’idée d’infini. Rappelons tout d’abord que Descartes veut combattre non seulement l’athéisme, mais aussi le scepticisme. Pour cela, Descartes va utiliser un doute radical, volontaire, méthodique, en accentuant progressivement ses doutes. Comme Platon, il récuse les impressions trompeuses des données sensibles : je ne sens pas la pression de l’air ; sans un poste radio, je ne perçois pas les ondes électro-magnétiques ; je ne puis faire confiance aux données physiques puisqu’elles font appel à nos sens trompeurs ; quant aux mathématiques (je sais que 2 et 2 font 4, dit l’athée Don Juan de Molière), l’hypothèse du Dieu trompeur tout puissant annihile toute mes certitudes dans ce domaine ; et si certains refusent cette hypothèse que je puis me tromper du fait d’un Dieu tout puissant et trompeur, j’aurai encore plus de raisons, « a fortiori », de me tromper, puisque l’auteur de mon être, destin ou hasard, sera moins puissant. Gêné par cette hypothèse du Dieu trompeur, Descartes imagine une sorte de pantin méthodologique, un mauvais génie, puissant et rusé, passant son temps à nous tromper, éliminant nos habitudes de crédulité. La 1ère méditation se termine donc par la suspension de tout jugement et la possibilité de ne pouvoir atteindre aucune vérité. Mais le début de la 2nde méditation nous fait prendre conscience que douter, c’est penser et que penser, c’est être. C’est la découverte de la 1ère certitude, le cogito, le « je pense, donc je suis » ; en effet, si le malin génie me trompe, c’est que j’existe comme pensée et, de même que la matière, si elle existe, a pour attribut principal l’étendue, de même, l’attribut principal du « je pense » est un entendement, une raison. Toutefois, je fais l’expérience de l’erreur, d’une mémoire défaillante, de désirs insatisfaits, de passions inassouvies, bref, ce cogito se saisit comme étant un être fini, borné, limité.

Or, de même que le cogito a appris qu’il faut être pour penser, il a aussi appris deux autres principes : celui de causalité d’abord, principe ad minimum, i.e. au moins : il doit y avoir au moins autant de réalité dans la cause que dans l’effet, sinon d’où viendrait le surcroît d’être dans l’effet sinon du néant qui ne peut rien produire ; ce qui est plus parfait ne peut venir du moins parfait. celui de ressemblance ; ce sont les idées qui me font connaître ce que sont les choses, leur nature ou essence ; à quoi me servirait d’appréhender les choses sans les connaître ; à quoi me servirait d’atteindre l’existence d’un Dieu inconnu ? L’idée ressemble à la chose sinon je ne pourrais me connaître comme une chose qui pense ; donc l’idée de Dieu doit ressembler à ce dont elle est l’idée. Or l’idée de Dieu est celle d’un être infini, omnipotent, créateur de toutes choses (l’idée du Bien chez Platon). D’où la disproportion absolue entre mon moi fini, borné, limité et cette idée d’infini. Je n’en suis pas l’auteur. Seul Dieu existant réellement, en actes, a pu produire en moi cette idée d’infini (3ème méditation de Descartes).

1ère objection (Gassendi, 17ème s.) : On ne concevrait cette idée d’infini, comme semble le montrer l’étymologie (le préfixe « in » est négatif), que comme négative. Au contraire, Descartes nous montre que cette idée d’infini est positive parce qu’elle ressemble à l’infini, il serait donc absurde de la tirer du fini, car toute limitation contient en soi la négation de l’infini : c’est parce que je doute, j’ignore, je me trompe, que j’expérimente en moi ma finitude sur fond d’infini. Je ne connaîtrais pas ma finitude si je n’avais pas en moi l’idée d’infini. 2ème objection : Cette idée est confuse. C’est le contraire, dit Descartes. C’est la plus claire de toutes et la plus distincte, car elle rend compte de toutes choses et est donc différente de ces choses (cf. le Soleil de l’Allégorie de la caverne, qui éclaire toutes les choses et que je ne peux pas ne pas voir). 3ème objection : N’est-ce pas prétentieux de comprendre Dieu ? Descartes reprend la distinction entre comprendre et entendre de saint Bonaventure. 4ème objection : Celle des transhumanistes. D’accord, disent-ils, l’idée de Dieu, d’un être infini, est une idée authentique et les perfections divines ne sont pas actuellement en moi. Mais l’idée de Dieu est en moi en puissance, elle exprime la perfection de l’homme futur (Feuerbach, 19ème s.) : je progresse dans la connaissance du monde et je crois que rien ne peut limiter les progrès de l’homme. Ils se sentent même capables d’inverser l’entropie de l’univers. Or, Descartes, à son époque, faisait déjà remarquer la contradiction de l’expression « devenir parfait » ; le verbe devenir en effet nie l’attribut parfait :on est ou on n’est pas parfait. 5ème objection : Déchéance entre une réalité et son idée représentative. Entre l’idée et l’être réel, il y a ressemblance, certes, mais aussi déchéance (le soleil réel n’est pas dans mon esprit) ; l’idée est donc privée de l’existence qui appartient à l’être réel. Mais il n’y a pas d’autre réalité infinie que Dieu, ni d’autre alternative qu’entre une réalité infinie et une réalité finie, si grande soit-elle. L’exclusion de celle-ci, comme ne pouvant rendre compte de la réalité de l’infini, impose nécessairement la position de la réalité infinie, i.e. celle du Dieu parfait comme cause de cette idée d’infini en moi.

B) La 2nde preuve de Dieu par les effets (a posteriori).

  • Généralités sur la 2nde preuve : Elle est plus facile que la 1ère, d’après Descartes, et nous en donne une version plus absolue. La 1ère ne pose Dieu que relativement à nous-mêmes, comme cause de l’Idée de l’infini en moi, alors que la 2nde pose Dieu absolument en lui-même comme cause de Soi et de nous-mêmes qui avons cette idée de parfait. Même schéma que la 1ère et que l’existence des corps dans la 6ème Méditation. Ce schéma consiste, à partir de quelque chose qui est en moi ou qui m’appartient, à démontrer comme ne pouvant être causé, produit par moi mais par quelque chose d’autre que moi ; ensuite de passer en revue toutes les causes étrangères possibles pour n’en laisser subsister qu’une, Dieu en l’occurrence ici. 1er moment : Suis-je par moi-même, i.e. par soi ? a) une conception positive : être par soi, c’est être cause de soi b) une conception négative : être par soi, c’est être sans cause, éternel. 1°/ Réfutation de a) en considérant 2 cas : 1er cas Je me crée moi-même en me tirant du néant 2ème cas Je me donne toutes les perfections (omniscience, omnipotence, etc.). Le 1er cas est plus difficile que le 2ème car, dans le 1er, il faut une puissance infinie pour me tirer du néant, alors que dans le 2ème, il suffit d’accroître progressivement les perfections, actuellement limitées, vers l’infini. Or, en tirant de l’axiome de la lumière naturelle que le plus peut le moins, je tire « a fortiori » que le moins ne peut pas le plus (si je peux porter 50 Kg, je peux en porter 20, mais si je ne peux porter 20 Kg, je ne pourrai « a fortiori » porter 50 Kg.). Ceci suppose que l’on soit dans le même ordre de réalité, ici des kilos. Or c’est le cas ici puisqu’il s’agit d’une cause première illimitée, créatrice. Je suis donc conscient des limites de ce pouvoir créateur de moi-même et, par-là, je ne le possède pas. 2°/ Réfutation de b) Je suis sans cause, i.e. j’aurais existé de tous temps. Or ceci s’oppose à la discontinuité du temps qui exige une création continuée. Aucun instant ne dépend du précédent, aucune chose n’est donc assurée de durer, moi compris (d’où la liberté humaine au niveau de la pensée). Or, pour me recréer à chaque instant, je devrais être cause de moi-même dans l’instant présent, actuel ; mais je n’ai aucune conscience de ce pouvoir, donc je ne le possède pas. 2ème moment : C’est une preuve par l’absurde. (comme en Mathématiques). Elle détermine la cause étrangère de moi-même qui a l’idée de parfait. La cause de moi-même ayant l’idée de parfait, c’est Dieu, puisque ni nous-mêmes ni une série de causes inconnues ne peuvent en être l’auteur. Nous-mêmes puisqu’alors nous nous serions créés parfaits, ni une série infinie de causes imparfaites, puisqu’il faut une cause parfaite (i.e. Dieu) pour me conserver ou me recréer actuellement tel que je suis. Il y a donc deux façons d’être par soi. La première est celle du cogito imparfait producteur de ses idées mais non de lui-même comme activité pensante, et la deuxième qui est le véritable Etre par soi, Dieu cause de Soi, existant par soi et ayant toutes les perfections et cause véritable de moi-même. La conséquence, reprise dans la 4ème méditation, est que Dieu ne peut être trompeur (d’où le Malin génie) car la tromperie implique défectuosité, manque, impuissance, ce qui serait contradictoire avec la Toute Puissance infinie de Dieu.

CONCLUSION : Deux démarches nos conduisent à Dieu, l’une à partir du sensible, l’autre à partir des idées.

Malgré les preuves, les argumentations, il reste toujours en philosophie et surtout en métaphysique un choix personnel, puisqu’aucune expérience cadrée par les mathématiques ne peut intervenir, ce qui explique d’ailleurs le désaccord entre les spécialistes, ici les philosophes. Aussi voudrais-je terminer non pas par une preuve, mais par un pari, celui de Pascal, grand philosophe mais aussi physicien et mathématicien. C’est lui d’ailleurs qui a inventé le calcul des probabilités, base des divers paris. Bien qu’il suive Descartes sur certains points, il situe au-dessus de la raison ce qu’il appelle le cœur. Non l’organe de chair, mais une intuition intellectuelle qu’il place au-dessus de la raison : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Le pari consiste à montrer qu’il n’y a que deux possibilités : ou Dieu existe ou Dieu n’existe pas. Si vous pariez sur l’existence de Dieu et qu’Il existe, non seulement vous gagnez tout, i.e. une éternité de bonheur, mais encore vous ne perdez pratiquement rien, car les plaisirs d’ici-bas sont limités, par la maladie et surtout la mort. Au contraire, si vous n’avez pas parié sur Lui, vous perdez tout et vous n’avez pratiquement rien gagné. Si vous avez parié sur Dieu et qu’Il n’existe pas, vous n’avez pratiquement rien perdu et vous avez vécu en personne digne et responsable. Si vous n’avez pas parié sur Lui, non seulement votre perte est pratiquement égale à 0,mais encore vous risquez de vivre comme un malhonnête homme. Gagez donc que Dieu est, puisque la disproportion entre l’infini et 0 est totale. « Ne peut-on voir le dessous des cartes ?  demande le joueur ». Pascal répond que si : les prophéties de la Bible, les miracles (le bureau des constatations médicales de Lourdes) peuvent nous éclairer, surtout notre « cœur ».

En pratique

  • Quand
    Date à confirmer
  • Où
    Salle des fêtes de Saint-Germain-du-Plain
  • Entrée
    Libre, participation au chapeau

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