Introduction :
On oppose souvent dans les médias privés et publics la science, domaine de la rigueur et de la rationalité, avec les religions chrétiennes, soi-disant domaine de la superstition et de l’irrationnel. La preuve : les religieux chrétiens croient encore au siècle de Christophe Colomb que la terre est plate et il faut attendre le voyage autour de la terre de Magellan (1525) pour qu’ils admettent enfin que la terre a une forme sphérique. Et, pire que tout, que Galilée a été obligé d’abjurer le mouvement de la terre (rotation en 24h et révolution en 1 an autour du soleil) par le Saint office catholique (les grands réformateurs protestants étaient d’accord) en 1633.
De ce fait, certains, comme le grand physicien et philosophe allemand E. Mach (19 ème-20 ème) en déduisirent que la religion est un obstacle pour le progrès scientifique. Or, un des faits historiques les plus importants mais ignoré ou caché par les adversaires des religions chrétiennes dément cette thèse. Que ce soit en physique, en chimie ou en biologie, c’est-à-dire dans les sciences qui s’occupent du réel, celles-ci ont pour auteur uniquement des chrétiens, lors de la grande révolution scientifique du 16 ème et du 17 ème siècle, de Copernic à Newton. Ce ne peut être l’effet du hasard.
Dans un premier temps nous rendrons raison des 2 exemples historiques cités, puis nous montrerons le lien entre christianisme et sciences de la nature, pour terminer par présenter et discuter certaines objections à cette thèse
1 – Un mythe et une présentation incomplète de l’affaire Galilée
1 – La terre plate : une fake-news, un gros mensonge
C’est un mythe anticlérical forgé de toutes pièces. Il faudrait remonter aux pré-socratiques, ces poètes philosophes (environ 500 ans avant J-C) pour trouver des personnes qui admettent cela. Platon comme Aristote, dès le IVème siècle avant J-C, affirment la rotondité de la terre par 2 arguments : 1/ la forme circulaire de l’ombre projetée par la terre sur la lune lors des éclipses (Aristote traité du ciel II 14) 2/ la disparition des navires à l’horizon, et leurs mats aperçus en dernier. Ceci est repris par Saint Augustin (IV-Vème siècle après J-C) dans la cité de Dieu (XII – 25).
Quant au moyen-âge, au XIIIème siècle, le traité d’astronomie en usage à Paris, à la Sorbonne, s’intitule « sur la sphère du monde » ; de même sur les images de l’époque la terre est ronde, comme une orange. Tous les théologiens et philosophes savent donc cela bien avant Magellan.
Cette affabulation absurde a été inventée par Voltaire dans le dictionnaire philosophique à l’article « ciel matériel » (mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose), puis reprise par 3 américains cf. Sylvie Nonny et Violaine Giacomotto : « Généalogie d’une idée fausse »
2 – L’affaire Galilée est exacte
L’abjuration de la vérité de la thèse de Copernic en 1633 puis la mise en résidence surveillée ont bien existé. Mais on oublie de dire que Galilée fut protégé par le pape Paul III et même par le pape Urbain VIII quand il était cardinal ainsi qu’au début de son pontificat. Les choses se gâtèrent quand Galilée voulut prouver la vérité de l’hypothèse de Copernic. La terre tournant sur elle-même en 24h et une révolution autour du soleil en 1 an. La preuve c’est que le chanoine Gassendi à la même époque, exposait, sans aucun ennui, les 3 hypothèses : celle d’Aristote et de Ptolémée, une terre immobile au centre du monde, celle de Copernic, un soleil centre du monde autour duquel tourneraient la terre et les autres planètes , et enfin, exemple d’une régression en science, celle de Tycho-Brahé, sorte de compromis entre les 2 précédentes : Terre immobile au centre du monde, donc le soleil tourne autour de la terre, mais soleil autour duquel tournent toutes les autres planètes.
Information supplémentaire : les jésuites, tous étant soi-disant opposés à Galilée, enseignaient le système de Copernic en Chine.
Or comment prouve-t-on la vérité d’une hypothèse ? en la confrontant à la réalité. Mais quelle réalité ?
La réalité sensible immédiate ? Alors c’est Aristote qui a raison : Nous sentons l’immobilité de la terre et nous voyons le soleil se déplacer, en particulier à l’horizon. C’est pourquoi le bon sens populaire se moquait de Galilée.
La réalité instrumentale et quantitative ? Galilée n’avait pour lui, grâce à sa lunette, que l’existence de satellites autour de Mars, tout ne tournait donc pas autour de la terre et le fait que la lune possédait des aspérités et des creux (les monts et les mers lunaires) donc n’était pas une sphère parfaite.
Ni le pendule de Foucault, ni le voyage lunaire (la lune semble immobile au centre de l’univers) n’existaient !!!
Au contraire l’épistémologue anarchiste et athée P. Feyerabend dans son « Contre la Méthode » estime que Galilée avec sa lunette ne pouvait voir nettement certaines choses que les aristotéliciens, de bonne foi ne voyaient pas, eux (p 130, 133, 134 et surtout p 175), bref Galilée tentait de manipuler les aristotéliciens.
A l’époque de Galilée donc, le doute sur le mouvement de la terre n’avait rien d’absurde d’autant que au début le système de Copernic était tout aussi complexe, voire plus, que le système d’Aristote.
Il faut par ailleurs se rappeler que, si logiquement on peut prouver qu’une théorie est fausse, un contre-exemple dont on est sûr est une preuve (les cygnes noirs d’Australie prouvent que tous les cygnes ne sont pas blancs). Par contre, une ou plusieurs vérifications positives ne sont pas des preuves, même si on a réalisé des applications de la théorie (cf l’éther et la radio).
Enfin, Galilée avait manqué de prudence en qualifiant le représentant de l’Aristotélisme et du Thomisme de « simplet ». Le pape Urbain VIII se reconnut dans le personnage et en devint furieux. Le pape Jean-Paul II a bien fait de récuser la condamnation de Galilée au XXème siècle. Mais fallait-il aller jusqu’à demander pardon ? A lire P. Feyrabend on peut en douter
Dans les études secondaires, voire supérieures, à propos de cette confrontation entre religion chrétienne et Sciences de la nature, on oublie la plupart du temps l’essentiel qui reste donc oublié voire caché
2 – Origine chrétienne de la science moderne
1 – Le contexte historique
A l’époque de la grande révolution scientifique des 16 ème et 17 ème siècles, il n’y a aucun antagonisme entre science et foi, si ce n’est cette malheureuse affaire Galilée. Dans son ouvrage « Les pommes de Newton » J. Marie Vigoureux, Pr à l’université de Besançon s’exprime ainsi p. 275 : « La physique et plus généralement les sciences exactes se sont développées dans les pays occidentaux profondément marqués par le christianisme : pour chercher à comprendre l’univers, sans doute fallait-il déjà être préparé à accepter que le ciel et la terre puissent être ouverts l’un à l’autre ». au contraire chez Aristote, la distinction entre les astres divins (Mercure – Saturne) et le monde sublunaire, terrestre est totale ; disons un « cul de basse-fosse » livré au hasard et donc indigne des mathématiques, réservées aux astres divins.
Encore plus nettement, le philosophe marxiste, donc athée, donc peu suspect de favoriser le christianisme, A Kojeve va encore plus loin. Il affirme que peu de faits historiques sont aussi difficilement contestables que celui de la connexion, du rapport étroit entre les sciences de la nature et la technique moderne d’une part et d’autre part la théologie chrétienne. Personne, d’après lui, ne peut contester que ces sciences et techniques nées au 16 ème et 17 ème siècles dans l’Europe chrétienne occidentale et qu’on ne les trouve ni AVANT ni AILLEURS. Sans doute, de nos jours les retrouve-t-on un peu partout dans le monde, mais seulement une fois qu’elles sont nées dans la civilisation chrétienne. Bien sûr ce n’est pas l’absence de baptême qui a empêché les peuplades d’Amazonie ou d’Afrique centrale d’accéder aux sciences modernes, mais leurs dures conditions d’existence. Mais qu’est-ce qui a empêché les subtils chinois, possédant une civilisation hautement différenciée, en particulier dans les arts et les techniques (boussole, compas, harnais des chevaux, papier) d’accéder à la physique mathématique ? Pourquoi les indiens qui bénéficient des arts et sciences helléniques les ont perfectionnés surtout en mathématiques, par exemple ont inventé le zéro (origine religieuse), surtout après les conquêtes d’Alexandre le Grand et qui en firent bénéficier d’autres peuples n’ont-ils jamais tenté de dépasser, dans le domaine scientifique et technique les limites qu’ils ont héritées ? Ce ne peut être non plus à cause du monothéisme. Car les grands philosophes juifs comme Philon d’Alexandrie (Ier siècle) ou Maïmonide (12 ème siècle) n’ont pas contribué en quoi que ce soit à la naissance des sciences de la nature. Pourquoi les arabes qui contribuèrent à diffuser activement une partie de la civilisation hellénique (l’aristotélisme) et les mathématiques hindoues n’ont-ils pas essayé de « mathématiser » l’alchimie, se contentant de perfectionner l’optique d’Aristote et les mathématiques pures ?
2 – Les faits historiques
Avant de comprendre voyons les faits historiques
1/ Copernic : rotation en 24h ; révolution en un an de la terre autour du soleil
2/ Protestant Képler corrige les orbites circulaires par des orbites elliptiques contre Galilée
3/ Ce sont 2 catholiques, Descartes et Galilée qui fondent la physique mathématique. Descartes en énonçant les 2 premiers principes de la physique (cf. les principes de la philosophie, 2ème partie p. 637-9) sur l’inertie des corps – le mouvement est un état comme le repos. Galilée avec la célèbre loi sur la chute des corps (e=1/2gt²). Ce sont 2 autres chrétiens le français Lavoisier et l’anglais Boyle qui fondent la chimie moderne. Le 1er énonce le principe de la conservation de la matière à travers les changements et découvre le biais pour quantifier l’élément chimique : la constance du poids ; l’anglican utilise, lui, de nombreuses techniques, notamment de nombreux colorants pour mettre en évidence certains corps, comme les acides (le tournesol bleu vire au rouge). Quant à la biologie, on retrouve Descartes et Galilée, mais la découverte de la grande circulation, la quantification du flux sanguin ,l’étude du pouls est due à l’anglican Harvey, grâce aux mathématiques et il est soutenu par Descartes, il passe du modèle d’irrigation au modèle circulatoire. L’étude du pouls, par l’italien et catholique ascétique Santorio. Tous ces chrétiens seront les pères fondateurs de la 1ère révolution biologique (cf Grmek)
3 – Justification
Quelles sont donc les raisons pour lesquelles, seuls des chrétiens, sont les créateurs de ces sciences de la nature ? Tout d’abord rappelons que les Taoistes et les Bouddhistes estiment que l’homme ne peut pas connaître la nature et que c’est inconvenant. En effet pour un polythéiste du fait des passions très humaines des divinités il y a la guerre des dieux qui s’opposent les uns aux autres (cf l’Iliade). C’est donc le domaine de l’arbitraire, accentué par l’importance accordée au hasard. Quelle différence avec le Dieu des chrétiens, créateur d’un monde rationnel, avec des lois de la nature fixes, éternelles.
De plus en essayant de découvrir les secrets de la nature l’homme risque de se faire un ennemi du génie ou de la divinité du lieu. Hors ces dieux sont des tueurs quand l’homme leur déplaît (cf Apollon et Artémis). Ici encore quelle différence avec le Dieu d’amour des chrétiens (cf épître de St Jean) qui leur a donné la « raison » pour qu’ils puissent connaître les lois de la nature qu’Il a créée. Ce ne peut être non plus le monothéisme qui en soit la cause, puisque nous avons vu qu’il n’y avait ni juif ni musulman comme fondateurs de ces lois de la nature. Pour A. Kojève, marxiste et donc matérialiste athée c’est le dogme de l’Incarnation refusée par les juifs et les musulmans qui a permis d’arriver à cette révolution scientifique. Il cite une expression du cardinal Nicolas Le Cusain « La terre est une planète noble », dans son ouvrage « La docte ignorance ». Pourquoi alors qu’Aristote faisait de la terre un « cul de basse-fosse », livrée au hasard ? En venant résider sur terre, le fils de Dieu en fait une planète véritablement divine, digne, comme les autres planètes divines du monde supra-lunaire des mathématiques. La physique terrestre pouvait s’élever au niveau de la physique céleste ; d’où le contre-sens de Freud qui voit dans le fait que la terre n’est plus le centre de l’univers une déchéance ; c’est tout le contraire puisqu’elle devient divine. Notre philosophe marxiste va encore plus loin en estimant que Platon n’a rien à voir dans l’affaire, donc que le christianisme est une condition suffisante. De même que le Gorgias ou le Protagoras ne sont pas des dialogues où ils sont les porte-paroles de Platon, de même Timée, qui faisait des mathématiques la condition nécessaire d’organisation du chaos primordial par le Démiurge ne serait pas la voix de Platon. Même si Kojeve avait raison le Moyen-âge comme la Renaissance (cf Descartes et Galilée) l’ont compris ainsi. C’est oublier aussi d’autres dialogues comme le Ménon ou la République, où Platon accordait aux mathématiques un rôle éminent dans les connaissances humaines.
On comprend aussi pourquoi les athées sont les grands absents : Si la nature n’est pas le fruit d’une création rationnelle, pourquoi chercher des lois logiques ? Pour eux le hasard règne en maître (cf le Darwinisme).
Cf. Francis Bacon, anglican : « de cela que Dieu n’est point sujet à changer … Nous pouvons parvenir à la connaissance de certaines règles que je nomme les lois de la nature. »
Cf. Newton, anglican : « cet admirable arrangement du soleil, des planètes et des comètes ne peut être que l’ouvrage d’un Etre tout puissant et intelligent
Cf. Voltaire, déiste parlant de l’univers : « je ne puis croire que cette5 horloge marche et n’ait point d’horloger ».
3 – Les objections principales à cette thèse
1 – Les orthodoxes
Si la religion chrétienne nécessaire voire suffisante selon Kojève pour que les sciences de la nature s’édifient pourquoi les orthodoxes lointains héritiers de Platon et sincères chrétiens ne se trouvent pas comme les autres chrétiens à l’origine de la physique mathématique ?
C’est que l’empire musulman du 15 ème siècle finit par s’emparer de Constantinople (1453) puis de la Grèce. Bonne chose pour l’Europe occidentale puisque les manuscrits d’Aristote et surtout de Platon y arrivent et vont contribuer à la Renaissance et c’est à partir de là que la révolution scientifique va s’opérer, Platon l’emportant sur Aristote. Mais catastrophe pour le monde orthodoxe car Aristote est préféré à platon chez les musulmans. Alors que dès le 11 ème siècle les philosophes grecs recommandaient les mathématiques en physique. Plus important encore, Pléthon (14ème -15 ème), disciple de Platon opère un retour au paganisme : Résultat aucune découverte au 16 ème et au 17 ème siècle en Grèce.
2 – Archimède
Disciple de Platon (3 ème siècle avant J-C) bien que païen avait découvert les 2 lois de la statique le levier et la fameuse poussée qui porte son nom. Et c’est vrai qu’il n’était pas chrétien. Cela nous prouve en fait pour que la révolution scientifique s’opère, il faut aussi le Platonisme. Mais comme Saint Justin, martyre du 2 ème siècle après J-C et notre grand Pascal, savant, chrétien et philosophe , le pensent Platon prépare au christianisme. C’est pourquoi nous verrons aussi bien Descartes que Galilée, être des platoniciens chrétiens ; alors qu’Aristote fait confiance à nos sens, Platon s’en méfie et insiste sur les illusions perceptibles.
3 – Les musulmans
Il est exact que les musulmans conformément à la conception d’Aristote, avaient utilisé les mathématiques pour les astres divins et en optique ; mais comme Aristote ils avaient refusé de l’étendre aux autres phénomènes terrestres en fait la dynamique (le mouvement). Quant à Hibn Kaldun (14 ème siècle) il s’était cantonné aux sciences humaines (rôle du climat sur les phénomènes humains, avant Montesquieu).
4 – L’athéisme
Il fallait, affirment certains, l’athée Epicure pour permettre à Newton d’affiner, de corriger l’inertie cartésienne, car Descartes refusait le vide. Il fallait les atomes et le vide. Mais c’est un contre-sens habituel. Epicure n’est pas athée puisqu’il donne des preuves de l’existence des dieux mais encore il recommande d’assister aux cérémonies religieuses, même si personnellement il ne pense pas que les dieux s’occupent des hommes. Et qui Newton remercie-t-il de lui avoir fait connaître Epicure ? le chanoine Gassendi, un ecclésiastique chrétien comme lui, mais qui pensait pouvoir, sans contre–indication , enseigner la philosophie d’Epicure.
Conclusion :
Le facteur majeur de la révolution scientifique et technique du 16 ème et du 17 ème siècle fut donc bien la religion chrétienne, préparée par Platon (cf Saint Paul). Loin d’être une superstition, cette religion peut se prévaloir de lettres de noblesse scientifiques et d’une rationalité féconde. De grands chrétiens, comme Pasteur, Teilhard de Chardin et l’abbé Lemaître, continueront, le premier en biologie au 19 ème, le second en paléontologie au 20 ème, le troisième également au 20 ème sur l’origine de l’Univers (le fameux big-bang), à faire avancer les disciplines scientifiques (cf. erreur d’Einstein).